vendredi 28 décembre 2007

Carnets africains (13)

Depuis Tamanrasset, nous décidons avec nos compagnons de route, de rejoindre l'Assekrem. Charles de Foucauld, subjugué par la spiritualité des civilisations touarègues et la beauté de ce site, y avait étabit son ermitage afin d'étudier la langue et les traditions de ces populations.
Pour parvenir à ce lieu, nous devons louer les services d'un touareg détenteur d'un 4 X 4, car d'après les informations obtenues, la piste est totalement inaccessible à de simples véhicules tels que les nôtres !
Au delà de Tamanrasset, après la plaine sablonneuse, nous accédons assez rapidement au massif du Hoggar. Je suis totalement envoûtée par ce paysage rocailleux et dénudé aux magnifiques variations d'ocres et de rouges . La piste est longue, et même avec le 4 X 4, parfois à la limite d'être praticable, mais l'homme semble connaître son affaire et à même d'affronter toutes les difficultés qui s'ouvrent à nous sur ce chemin accidenté.

Pause à une guelta, enchanteur petit coin de paradis  que s'empresse de coloniser la végétation assoiffée par ce climat qui lui est si hostile. Cette petite oasis de fraîcheur abrite toutes sortes d'espèces végétales et animales endémiques à ces mini-biotopes, comme une respiration profonde de cette nature en péril dans cet environnement désséché. Après cette pause rafraîchissante dont nous profitons allègrement, nous poursuivons notre route.

Dans cet aride univers de pierres, nous apercevons un homme. Il est seul. C'est un occidental. nous nous arrêtons à son niveau pour lui demander si tout va bien. l'homme, rougi et brûlé par le soleil impitoyable, torse et tête nus, ne répond pas, ne semble pas comprendre ce que nous lui disons. Il nous regarde l'air complètement hagard et hébété, boit goulûment l'eau que nous lui proposons. Avec sa barbe et ses longs cheveux blonds  au vent, il nous fait penser à une image de Jésus sur son chemin de croix, tel que nous le voyons dans les représentations du moyen-âge, sauf qu'il est bien réel mais manifestement en pleine irréalité.
Persuadés qu'il coure à sa perte, nous tentons de l'emmener dans notre véhicule. il refuse. Sans vraiment savoir ce qu'il faut faire ou dire, nous finissons par reprendre notre route, inquiets pour cet être isolé qui semble avoir perdu tout sens commun : le désert ne fait pas de cadeaux à l'inconscience humaine ! Mais face à ce refus catégorique de recevoir toute forme d'aide, nous sommes bien impuissants. Peut-être un pèlerinage, mais un pèlerinage bien dangereux, alors !

La piste est de plus en plus chaotique, parsemée de pierres énormes sur lesquelles nous bringuebalons, à mon sens de plus en plus dangereusement sur des degrés de pente de plus en plus impressionnants. À chaque instant, j'ai le sentiment que le véhicule va basculer dans le vide. Mais non, toujours à la limite de l'équilibre, il se rétablit et poursuit sa dangereuse ascension.
Enfin, l'Assekrem ! Pas fâchée d'être enfin arrivée, mais déjà inquiète à l'idée du retour ! Nous partons nous promener dans ce site féerique où l'érosion a creusé d'admirables dentelles de pierres. Un vrai enchantement ! Le coucher de soleil, majestueux sur ces chaînes d'orgues basaltiques, me fait penser au "petit prince" de Saint Exupéry, qui justement aime tant les soleils couchants. Comme je le comprends !

Couchant à l'Assekrem

Le soir, à l'heure du repas, nous nous installons avec les autres voyageurs aux grandes tables. Quelques personnes isolées comme nous, qui voyagent par leurs propres moyens et un ou deux groupes de touristes assez nombreux. Parmi eux, notre Jésus de la journée était présent. Nous nous sommes alors sentis rassurés. D'autres plus chanceux, passés plus tard, avaient su le convaincre de monter dans dans un véhicule. Il avait l'air toujours aussi hagard, silencieux, il mangeait avidement. Nous avons pu, par les autres, apprendre que manifestement, il s'agissait d'un hollandais. Mais ce qui l'avait poussé à cette expérience extrême, nous l'ignorons encore : totale inconscience ou désir de se surpasser ?

1 commentaire:

  1. La Tunisie un pays où je suis allée maintes fois, attachant, je connais bien...Fort agréable d'y séjourner en ton blogBiz

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