mercredi 20 janvier 2010

Déneigement...

Mais que fait le voirie ! Toute cette neige tombée ses jours derniers ! Toutes ces râleries parce que c'est mal déneigé ! Ben c'est vrai quoi, au regard de beaucoup, on devrait maîtriser tout ce qui se passe à l'état naturel sur cette planète ! Y compris éradiquer la neige des routes ou des trottoirs... Et en ville, il ne devrait plus y en avoir un poil, sitôt qu'elle est tombée !

Et bien tout ceci me fait penser à... Tenez, oui, une de mes tranches de vie en montagne ardéchoise (Clic) ! Certains d'entre vous le savent déjà, j'ai vécu plusieurs années sur ce plateau. Ce que vous ignorez peut-être, c'est que ma maison était située à 400 mètres de la route, sans voie d'accès dans un premier temps (seulement un GR pour y monter à pied) puis après deux ans de vie là-haut, un chemin de terre vaguement carrossable à la belle saison, ou en tout cas, tant qu'il n'était ni trop enneigé, ni trop détrempé...
Également située à 400 mètres de l'habitation la plus proche, cette maison était à 6 kilomètres du premier village, sans oublier une cinquantaine de kilomètres qui la séparaient de la première ville digne de ce nom. Autant dire que nous n'étions pas déneigés ! Maintenant que vous savez tout ça, écoutez (ou plutôt lisez) tout ceci :

C'était un hiver où la neige avait particulièrement tardé, un hiver où tard dans la saison nous continuions à monter nos véhicules jusqu'à la maison (bien pratique pour monter les biens de bouches et autres matériaux de construction)...
Depuis quelques jours, cependant, la neige était attendue, notre région, sans doute même, placée en vigilance météorologique. Depuis quelques jours, nous écoutions attentivement les dernières prévisions de Météo France à la radio, tous les soirs (3 ou 4 jours peut-être). Et chaque soir, c'était le même manège : pour ne pas risquer de nous retrouver  avec les véhicules bloqués en haut du chemin, il était indispensable de les redescendre. Alors, chaque soir, nous redescendions consciencieusement nos voitures jusqu'à la route, pour remonter chez nous à pied, dans la nuit froide. Mais depuis 3 ou 4 jours, chaque matin au réveil, même constat : la neige n'était pas au rendez-vous... C'était un peu agaçant, d'autant plus qu'il était assez contraignant de redescendre chaque soir nos moyens de locomotions jusqu'à la route, surtout pour rien ! Au bout de ce laps de temps, toujours cette même annonce : la neige arrivait ! Qu'à cela ne tienne, nous nous sommes dit, la météo n'est décidément vraiment pas fiable, ce soir nous ne redescendrons pas les voitures...

Et le lendemain au réveil... Horreur ! Il en était tombé 40, peut-être même 50 centimètres... Les voitures, elles, étaient  bel et bien restées en-haut, près de la maison ! Bon... Pas de panique, d'abord un café, puis s'habiller chaudement et c'est parti ! Première tentative pour essayer de redescendre nos véhicules, indispensable, d'autant plus que maintenant que la neige était là, elle pouvait être présente plusieurs mois durant. De plus, si la burle (Clic) s'y mettait aussi, des congères, parfois très hautes pouvaient se former sur le chemin... Et là, ce serait "foutu" pour nous  jusqu'à... Nous ignorions quand !
Nous démarrons et, parvenons difficilement à mettre les autos en file indienne au départ du chemin en nous disant que si le premier passe (le plus haut à la garde de préférence), le second suivrait dans les rails... Nous avançons... Un mètre, deux mètres... Tout bloque ! Trop de neige... Si les véhicules parviennent à faire leurs traces au niveau des roues, ils ne font malheureusement que pousser la neige qui se trouve devant eux. Du coup, les voitures se retrouvent posées sur le pont, les quatre roues lamentablement suspendues dans les airs. Nous voilà bien embêtés ! Que faire ? Creuser sous les voitures au fur et à mesure à grands coups de pelle, en espérant avancer 50 centimètres par 50 centimètres ? Nous avons essayé, mais cette solution n'était pas très viable, ça ne fonctionnait pas très bien, et envisager de procéder ainsi pendant les 400 mètres qui nous séparaient de la route, c'était plutôt inconcevable... Et encore, heureusement que c'était à la descente !!! Un peu dépités, un peu désarmés, et très désorientés, nous ne savons trop comment résoudre notre problème... Nous essayons alors de piétiner la neige aux endroits ou elle est le plus abondante, mais ça non plus ça ne marche pas ! Nos pieds ne sont pas de suffisamment larges palmes pour être efficaces ! nous rentrons boire un café. De toutes façons, au point où nous en sommes, cinq minutes de plus ou de moins...

Puis me vient une idée : les raquettes ! Nous avons des raquettes ! C'est plus large que les pieds, ça !!! nous nous armons de courage et de raquettes, puis retournons à nos moutons (heu ! Nos automobiles, qui n'étaient à cet instant pas très automobiles). Sur le chemin, nous entamons l'opération "tassement de neige", et nous voilà piétinant, palmes aux pieds, une trace de la largeur d'une voiture. Tasser, c'est difficile, et le simple fait de marcher ne suffit pas. Alors nous sautons pour optimiser le résultat attendu. Nous sautons, sautons... Tassons, tassons... Nous avançons peu à peu, nous arrêtant parfois une minute, essoufflés de sauter et de tasser... Nous tournant vers le travail déjà effectué pour nous donner un peu de courage et nous convaincre que ÇA va marcher !!! Mais quand nous recommençons, face à  la pente et tout le chemin qui reste à parcourir ainsi, nous éprouvons une certaine lassitude, comme une sorte de découragement...
Pourtant nous continuons, pas d'autre choix... Pas d'autre solution !!! Le pire, c'est que nous faisons ça sans être totalement sûrs que cela fonctionnera, sans être totalement sûr qu'au bout du compte nous parviendrons à mener les voitures en bas... Mais nous sautons, sautons... Tassons, tassons...

Le temps passe, nous avançons peu à peu, à la vitesse de l'escargot. Enfin, en début d'après-midi, nous voyons le bout du tunnel... Ou plutôt le bout du chemin ! et enfin, nous parvenons à la route, épuisés, fourbus, lessivés, essoufflés... Un coup d’œil en-haut... Un ultime effort à fournir pour remonter toute la pente qui nous sépare maintenant de la maison. Nous ne sentons plus nos membres, mais peineusement, nous remontons pas à pas...

Il doit être 14 ou 15 heures et nous n'avons encore pas mangé, tout occupés que nous étions à notre déneigement ! Fébriles... Mais quand même, vous voulons savoir si ça passe. Une fois en haut, nous redémarrons aussitôt les voitures et commençons cette longue descente. Doucement, de façon incertaine, chaotique, les voitures glissent peu à peu sur les traces que nous leur avons si ardemment fabriquées. Elles descendent sur ce matériaux de coton, cette couche molle et instable, mais elles descendent...

Victoire, nous sommes en bas !!!

16 heures... Et la journée peut enfin commencer !

4 commentaires:

  1. J'imagine fort bien cette aventure, et ma foi... moi qui rêve de solitude, j'aimerai habiter ainsi dans les Causses que j'aime ou mieux encore, là-haut dans un petit coin de montagne...  Quant à tous ces gens qui râlent parce "rien n'est jamais fait"... je leur ferai faire une petite retraite de quelques jours sur un plateau ainsi pour ré-apprendre à vivre , avec la nature, dans sa beauté mais aussi parfois dans ses solitudes, et aprrendre à se débrouiller au lieu de toujours compter sur les autres

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  2. C'est vrai qu'on en revient un peu différent, après quelques années... Et avec une certaine humilité ! On apprend : La nature... Sa beauté... Et ses solitudes ! tu as trouvé les mots justes. Bonne soirée à toi, Mahina

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  3. J'ai tout lu ici avant d'aller là-bas, et je sais qu'après l'automne et l'hiver, tu parles du printemps... Donc, je sais que je peux me réchauffer en lisant l'article que je viens de quitter. Il me faut revenir, parce que je ne veux pas de ce "trop" qui risquerait de gacher aujourd'hui ma lecture. Je vais savourer... Même l'impression de froid, de pluie, de neige, d'humidité... cette communion que je ressens malgré la lutte quotidienne. Finalement, à 16h... vous êtes remontés ?

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  4. Ben à 16 heures... On est remontés, il fallait encore rentrer du bois pour nous chauffer !

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