omme à Ghardaia, nous prenons le temps de nous construire un petit univers. Désormais, nous voyageons à cinq, avec trois véhicules. Sur le camping, très rapidement nous rencontrons d'autres personnes, très rapidement se tissent de nouveaux liens. En ce qui concerne les autochtones, il est assez difficile de les rencontrer vraiment. Et une forte discrimination semble présente : les noirs n'ont pas accès à notre camping, pas plus qu'ils ne peuvent se mêler librement à la population. Cependant, tous les voyageurs qui croisent notre chemin sont loin d'être dénués d'intérêt :Parmi eux, un cycliste, parti de Grenoble deux mois auparavant, sans vraiment connaître sa destination. Autonomie très limitée dans le désert : juste un peu de vivres et un litre et demi d'eau. De surcroît, il s'allège de son peu de bagages chaque fois qu'il rencontre des français, en leur donnant des affaires à déposer (ou envoyer) chez lui lorsqu'ils rentreront (dernière en date, sa boussole).
Anecdote : une voiture s'arrête à côté de lui, en plein Sahara, au milieu de rien, alors qu'il pédale et qu'il sue sous le soleil brûlant. Une femme en sort, hilare, le prend en photo sans lui demander d'autorisation préalable, remonte dans le véhicule qui redémarre aussitôt. Il s'agissait manifestement de touristes américains. Il nous raconte cela, à la fois désabusé et ironique à l'égard de ces gens qui, pas un instant, ne se sont souciés de lui : avait-il besoin d'eau ? Des touristes basiques sans déontologie, aucune, du principe de survie inhérent au Sahara.
Lorsque nous le rencontrons, il vit, avec son vélo, dans le ghetto ghanéen de Tam. Il nous y emmène un jour. Nous y restons un peu et buvons le thé dans de vieilles boîtes de conserves que l'on fait tourner des uns aux autres. C'est plutôt glauque...
D'après ce que nous parvenons à apprendre, ce ghetto est constitué d'Africains, probablement de nationalités différentes qui ont tous échoués là dans leur course à l'eldorado occidental, ou pensent encore utiliser ce lieu comme passerelle vers un monde qu'ils espèrent meilleur. En attendant, ils sont littéralement entassés ici, vivant dans une précarité plus que misérable, clandestinement pour la plupart. Nous nous sentons déplacés et voyeurs, complètement impuissants au sort de tous ces gens.
Pour beaucoup d'entre eux, ils finiront sans doute expulsés à la frontière d'Assamaka par les forces de l'ordre. D'autres redescendront d'eux même en Afrique noire, tout aussi clandestinement (la suite nous en rendra témoin), dans l'espoir de trouver une autre issue vers l'occident, plus propice et plus fiable. Certains resteront là, espérant malgré tout gagner un peu d'argent pour poursuivre leur route vers la France, l'Italie ou l'Espagne. De son côté, le cycliste n'a rien. Rien à donner, rien à voler. Un électron libre dans ce drôle d'univers. c'est d'ailleurs comme cela que, tellement atypique, il semble être perçu par ces hôtes.
Un autre francais randonneur et stoppeur qui parcoure le maghreb sac à dos depuis quatre mois lorsque ses pas le mènent jusqu'à nous. De son côté, il rédige, lui aussi, un journal de voyage et, de temps en temps, nous échangeons des bribes de nos carnets réciproques, découvrant ainsi la perception de chacun à travers les anecdotes relatées. Il se joint à nous quelques temps.
Un petit visiteur d'une catégorie toute différente : un chiot jaune et court sur pattes, vraiment tout jeune, vivant probablement sur le camping. Il m'a littéralement adoptée, ne me quitte plus d'une semelle, et ronfle de bien-être chaque fois qu'il peut s'endormir contre moi. Je finis par m'attacher à lui et ne m'en sépare qu'à regret lorsque nous reprenons le route.
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