irection le M'Zab...Les pylônes à haute tension sur le côté de la route m'agaçaient. Leur rythme rompait mes sensations et mon désir d'évasion. Au fur et à mesure que nous roulions, le désert nous dévoilait de ses secrets. Après les dunes, des plateaux à la terre sablonneuse et rouge, auxquels l'érosion avait donné des formes qu'on sentaient vivre et vibrer dans un univers, cette fois, sans hommes. L'une des pointes rocheuses évoquait la dignité d'un faucon ou d'un aigle, perché dans ce gigantisme un peu brumeux. Derrière cet oiseau de proie, se découpaient d'autres vallées et d'autres animaux de pierre dans la blancheur du paysage.
Les poteaux électriques avaient maintenant disparu et même s'il y avait encore du goudron, depuis plusieurs kilomètres, nous ne croisions que rarement d'autres véhicules. Seul, parfois, un panneau signalant le passage des dromadaires annonçait quelque civilisation tapie et invisible dans cette étendue redevenue plaine, dont on ne voyait pas la fin. Nous scrutions l'horizon à l'affût de nouvelles découvertes. La route continuait à se dérouler et le désert nous révélait toujours de nouveaux visages. Des plaines caillouteuses parsemées de touffes desséchées, puis émergeaient des pythons et des plateaux étrangement ciselés par les vents. La lumière uniformément diffuse du soleil saharien chauffait un peu trop à travers le pare-brise. Mais nous devions rouler pour atteindre Ghardaia avant le soir. Depuis El Guerara nous n'avions croisé âme qui vive. Soudain, un point vert miroita à l'horizon. Un long champ de blé abondamment irrigué nous apparût. Du blé d'un vert vif et lumineux, perdu dans l'immensité fauve, sans habitations ni oasis visibles à proximité. Puis la robe rouge et ocre s'étira à nouveau sous nos yeux, impitoyable pour la vie. Les kilomètres défilaient et rien ne se rapprochait.
Soudain, du haut d'une pente, Ghardaia... L'oasis nous éclata au visage ! Profusion inattendue de palmiers ondoyants, de maisons, de minarets perchés sur les collines. Dans cet infini désolé, la grande oasis étalait son opulence verdoyante...
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