uand on est parti faire tout ça, pour moi, c'était vraiment la toute première fois...
Certainement rien de ce que vous imaginez !
Nous avions rencontré, sur les pentes de Burzet, le détenteur d'une parcelle de bois de châtaignier inexploitée depuis des années, totalement à l'abandon. Et pour cause ! Vu la pente du terrain, rien de moins évident que d'y couper du bois. Cette personne de notre connaissance n'étant pas non plus du style à ramasser les châtaignes (de toute façon redevenues sauvages depuis longtemps), nous avions négocié avec lui, moyennant un peu de planches de notre précieuse récolte (je ne croyais pas si bien dire !), l'autorisation d'aller nous fournir dans sa forêt.
C'est ainsi que je me suis retrouvée attachée à un bout de corde, enroulée autour des énormes troncs à abattre, dans une pente où il était déjà difficile de tenir debout par soi-même. J'étais censée faire contre-poids au cas ou l'un des arbres tronçonnés aurait eu l'idée saugrenue de tomber du mauvais côté. Je n'en menait pas vraiment large ! par chance, aucun d'entre eux n'a eu cette idée insensée et tout s'est bien passé. Tout au moins pour cette étape...
Après, il fallait encore envisager de rapatrier toute cette cargaison du côté de la route, de la voiture et surtout de la remorque. Tout ça, c'est facile à dire, mais dans la réalité c'était une autre paire de manches ! Faire traverser à des gros billots de bois, toute une forêt pentue, inextricable et sans chemin, je vous laisse imaginer ! Il a fallu ensuite les charger. pas vraiment aisé non plus... Nous n'étions que trois et un tronc à lui tout seul restait plus lourd que nous trois réunis. mais à force d'efforts et de persévérance, à l'aide de quelques bouts de corde, nous y sommes finalement parvenus...
Tant bien que mal, nous arrimons les arbres sur la remorque et, surtout, avec les moyens du bord (assez limités, la suite vous en rendra compte). Puis, les autres sont retournés, tronçonneuses en main, poursuivre l'abattage dans la forêt, me laissant seule face à ce chargement hasardeux et une vingtaine de kilomètres à parcourir sur une petite départementale en lacets serrés et escarpés, voire même en têtes d'épingles, aux accôtements fragiles. Déjà en simple voiture je n'aimais pas trop emprunter cette voie, alors songez un peu avec un 4X4 chassi long et une remorque instablement surchargée ! N'ayant pas le choix, je me suis lancée... Ça tangue un peu, un virage, deux virages, je vois les troncs bouger... Angoissée et tendue je poursuis mon chemin, les yeux presques rivés au rétroviseur qui reflétait mon chargement (mais pas trop non plus pour ne pas râter un tournant). Trois virages, quatre virages, ça bouge encore... J'avais dû parcourir au moins, ou seulement (ça je le laisse à votre libre appréciation), quatre kilomètres quand j'ai senti une secousse : j'avais perdu un de mes monstre de bois sur le bitume ! En prise à une panique soudaine, je ne savais plus quoi faire. je m'arrête, je descends... Ma voiture, ma remorque et le tronc, là, par terre ! Hors de question, vu son poids, d'envisager, ne serait-ce qu'un instant, pouvoir le remettre en place par mes propres moyens ! j'étais seule, au milieu de rien sinon des pentes escarpées pleines de châtaigniers, et à ma connaissance, aucunes habitations avant plusieurs kilomètres.
J'ai couru, couru à en perdre haleine parcourant le plus rapidement possible la distance qui me séparait de mon point de départ. je suis arrivée essoufflée, presque asphixiée d'avoir tant couru, à ne plus pouvoir parler pour expliquer ma mésaventure à mes acolytes. Quand ils finissent par comprendre, nous repartons jusqu'au véhicule et au tronc d'arbre que nous chargeons à nouveau dans un ultime effort.
Me voilà repartie... Mais ô combien désappointée lorsque, en arrivant chez le scieur, je n'ai trouvé personne ! Il me fallait tout décharger seule ! J'ai attendu un moment en me disant que quelqu'un allait finir par pointer le bout du nez, qu'il ne pouvait pas en être autrement. Mais toujours personne. Alors, timidement, je me suis décidée, ne sachant bien par où commencer. Je suis montée sur la remorque, j'ai cherché à pousser. Mais comme ça, à la main, rien ne se produisait, rien ne bougeait. J'ai fini par aviser une barre de fer oubliée dans un coin. Et là, surprise ! En l'utilisant comme levier, j'ai même réussi à décharger seule mes six monstrueux arbres. Je suis repartie, fière de ma prouesse à l'assaut d'une cargaison nouvelle !
Quand on est parti faire tout ça, pour moi, c'était vraiment la toute première fois...
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